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Entretien du journal hebdomadaire « La voix du centre » avec le professeur en linguistique amazighe, Mehdi Iazzi, de l’université Ibn Zouher à Agadir.




Entretien du journal hebdomadaire « La voix du centre » avec le professeur en linguistique amazighe, Mehdi Iazzi, de l’université Ibn Zouher à Agadir.

 

Numéro 329. Semaine du 15 au 21 Février 2013. Page 4 et 5.


Vous avez été un des acteurs de l’aménagement de l’amazighe marocain, vous avez aussi contribué à la réalisation des manuels scolaires et de la formation des enseignants et des inspecteurs, où en est l’enseignement de l’amazighe actuellement ?


Depuis 2002, un travail énorme a été réalisé par l’IRCAM et par les créateurs littéraires (romanciers, poètes, …). L’amazighe marocain a été standardisé en tenant compte des données de toutes les variantes régionales vivantes et encore utilisées à grande échelle comme langue maternelle par des millions de Marocains. La question de la graphie à utiliser a été réglée après un débat houleux entre différents acteurs sociaux, principalement durant le dernier trimestre de 2002. L’alphabet tifinaghe a été officiellement adopté et aménagé. Les règles d’orthographe ont été établies. Les structures lexicales, morphologiques et syntaxiques ont été normées. Des terminologies ont été élaborées dans les domaines de la grammaire, des médias, de la didactique, etc. Ce travail a été fait par l’IRCAM en tant qu’institution de l’Etat, comme dans toutes les expériences d’aménagement des langues dans le monde. Citons le cas de l’arabe avec les Ecoles de Koufa et Sabra, le cas du français avec l’Académie de Port-Royal, etc.


Qui est en charge de l’aménagement des langues ?


Ce sont les institutions étatiques qui prennent en charge l’aménagement des langues et ce sont les spécialistes de ces langues qui s’en occupent. Sur le plan pratique, ou ce que les spécialistes de l’aménagement des langues appellent l’implantation, les choses n’ont malheureusement pas avancé comme il était prévu. Dans le domaine de l’enseignement, le Ministère de l’Education nationale avait proposé un échéancier qui garantirait la généralisation progressive et graduelle de l’amazighe, entre 2003 et 2011, à tous les niveaux scolaires et universitaires et en faveur de tous les élèves et les étudiants marocains. Mais malheureusement, à défaut de statut juridique clair (avant la Constitution de 2011) et à défaut de moyens et, dans plusieurs cas, de volonté, l’implantation de l’amazighe a connu plusieurs difficultés. Le résultat en est que les principes annoncés par le Ministère de tutelle, à savoir l’unification et la généralisation, n’ont pas été respectés par les instances du même ministère. Mais cette expérience malgré ses défaillances nous a permis d’avoir des manuels scolaires utilisables immédiatement, une réflexion sérieuse sur la didactique de la langue, et surtout une langue normée à tous les niveaux. La création de la Chaîne Tamazight et la dynamique audio-visuelle va dans le même sens. Nous attendons maintenant la loi organique qui donnera un coup de pousse à l’implantation de la norme établie et qui approfondira les acquis des dix dernières années.


Justement, la constitutionnalisation de l’amazighe comme langue officielle a relancé le débat sur la nature de la langue amazighe à adopter : une langue amazighe ou plusieurs langues amazighes ? Certains l’ont vivement dénoncé. Quelle est la réalité des choses ?


Il faut signaler que toutes les personnes qui étaient contre la reconnaissance de l’amazighe détournent actuellement leur colère ou leur déception vers des questions techniques comme la graphie tifinaghe ou la norme linguistique et parfois vers des questions touchant à la généralisation de son enseignement à tous les Marocains ... Le prétexte évoqué est souvent le caractère démocratique des choix faits sur la graphie, la norme, la généralisation de l’enseignement de l’amazighe, etc. On oublie ou on fait semblant d’oublier qu’il y avait un débat sur la graphie en 2002 et que la Constitution de 2011 qui reconnaît le caractère officiel de la langue amazighe (au singulier) a été votée par les Marocains. Ces personnes essayent en vain de relancer le débat pour gagner un peu de temps. Et faire diversion. Concernant le caractère unitaire ou pluriel d’une langue, il faut signaler que la sociolinguistique a démontré qu’aucune langue n’est homogène. Les langues vivantes, normées ou non normées, sont marquées par des variations de différentes natures (géolectales, sociolectales, etc.).


Donnez nous des exemples

 

Prenons le cas du français, c’est un super-système qui couvre des réalités linguistiques assez variées (Paris, Marseille, Wallonie, Québec, plusieurs zones en Afrique …) avec des spécificités locales très prononcées touchant essentiellement à la prononciation et au lexique. Mais tout le monde parle du français. Le même constat est valable pour l’anglais ou l’espagnol. Les variations régionales relevées en amazighe marocain touchent essentiellement la prononciation de quelques consonnes (les occlusives et les liquides) et une partie du lexique. La norme graphique permet de neutraliser les variations phonétiques et la synonymie permet de regrouper une grande partie des variations lexicales. L’oral continuera avec ses spécificités comme dans toutes les langues du monde.  Sur le plan pédagogique, L’IRCAM a conçu une didactique de l’amazighe tenant compte de ces variations régionales. Vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur les manuels de la langue amazighe. Ces questions sont l’affaire de spécialistes comme partout dans le monde, à moins de nier ce droit à l’amazighe.


C’est clair, mais que répondez-vous à ces critiques ?


Oui, j’ai parcouru certains écrits en croyant que j’allais apprendre quelque chose de nouveau sur l’amazighe et sur le travail réalisé depuis 2002. Mais malheureusement, j’ai vite compris combien l’ignorance peut faire des ravages. Je ne connais pas ces auteurs et je n’ai jamais entendu parler d’eux, même quand les grandes questions touchant à l’amazighe étaient sur la table du débat. Leurs noms sonnent quelquefois bien amazighes, mais je ne sais pas pour qui ils travaillent en relançant le débat des années 1990. Apparemment, ils ne sont pas au courant qu’une nouvelle Constitution a été votée en 2011 et que l’amazighe (au singulier) est une langue officielle.  Mais actuellement, le jeu démocratique veut que la Constitution soit valable pour tous les Marocains et que la question de l’amazighe est actuellement constitutionnelle : UNE langue au singulier et une langue obligatoire pour tous les Marocains. Je pense que ces gens là ne sont pas non plus au courant que la régionalisation élargie ne veut pas dire région à frontières étanches, et elle ne permet pas à un groupe de citoyens marocains d’échapper à leur devoir constitutionnel.

Autrement dit, l’amazighe appartient à tous les marocains sans exception?

L’amazighe doit être obligatoire exactement comme la langue arabe. Maintenant, selon les régions et tenant compte de la mobilité de la population et du caractère linguistiquement hétérogènes, à des degrés différents, de chaque région, la densité de la présence de l’amazighe ou de l’arabe peut être relativisée, mais pas niée. Sinon, on ouvre la voie au désordre. Si une région a le droit de rejeter une des deux langues officielles, il faut donner le droit à chaque région de faire ses choix et d’établir des frontières étanches. Pour le moment, et à ma connaissance, les régions ne sont pas conçues dans ce sens.  Concernant le rapport entre la norme linguistique et les variations qu’elle subsume, ces adversaires de la normalisation de la langue amazighe ne connaissent absolument rien à l’aménagement des langues. Ils ne sont pas du domaine. Les variations régionales ne sont pas en contradiction avec une norme nationale, et la régionalisation ne veut pas dire éclatement linguistique. La langue amazighe normée peut être implantée dans diverses régions pour assumer les nouvelles fonctions de la langue officielle. L’oral, comme je l’ai déjà dit, gardera ses spécificités et en développera d’autres en fonction des régions, des activités et de la dynamique locales.


Pour ces mêmes personnes, la langue amazighe est un mythe et que le Mouvement amazighe n’a fait que reproduire la conception panarabiste dans le domaine linguistique ?


L’aménagement d’une langue n’a rien de mythique. C’est une pratique courante dans le monde. L’aménagement de l’amazighe marocain ne veut pas dire imposition par la force d’une variété régionale comme c’est le cas de plusieurs langues dans le passé. La langue normée est la somme des faits linguistiques attestés dans toutes les régions. Tous les locuteurs amazighophones peuvent se reconnaître dans cette langue. Quand à ces messieurs qui avancent que la langue amazighe n’existe pas dans la réalité, c’est encore un postulat valable pour toutes les langues du monde. On ne peut saisir une langue qu’à travers des faits de langues, des pratiques individuelles. Mais la somme des pratiques individuelles fait la langue. Rappelons encore le cas de la langue française, malgré les spécificités régionales du français, on parle toujours d’une seule et même langue française. L’intercompréhension n’est pas une donnée à priori, c’est le résultat des contacts et de l’initiation aux correspondances entre deux variantes, par exemple le français québécois et le français de France.  Certains de ces messieurs considèrent que les choix du Mouvement amazighe reproduisent en gros la conception du Mouvement panarabiste. Ils ont raison quand au paradigme conceptuel que le Mouvement amazighe a développé par réaction aux abus du paradigme panarabiste : peuple arabe / peuple amazighe, Maghreb arabe / tamazgha, femme arabe / femme amazighe, … Ceci s’est fait progressivement et sur une longue durée comme d’ailleurs le développement de symboles pour le Mouvement amazighe (l’année amazighe, le drapeau amazighe, …). Alors que la langue et son statut a été à la base même de la naissance du Mouvement amazighe. Elle a un statut particulier dans ce Mouvement. Malgré les différences idéologiques, toutes les constituantes du Mouvement amazighe militaient dès les années 1960 pour la reconnaissance de la langue amazighe et non des variétés régionales.  Cette conception est soutenue par l’avis des spécialistes de l’amazighe. Ils sont tous d’accord sur le fait que la langue amazighe est une dans ses structures (sur le plan phonologique, lexicale morphologique, et syntaxique). Les variations sont minimes et ne touchent essentiellement qu’une partie du lexique et la prononciation de quelques phonèmes. L’aménagement part de cette langue vivante pour la normer. Partout dans le monde, la normalisation d’une langue est un travail de longue haleine car la norme élaborée, par une institution étatique, a besoin de nouveau moyens comme l’écrit (graphie et orthographe, la terminologie, etc.) de stratégies d’implantation pour préparer la langue aux nouvelles fonctions : enseignement, médias, administration, etc. C’est vrai qu’actuellement peu de personnes écrivent et lisent l’amazighe. Mais c’est transitoire, car la généralisation de son enseignement et sa diffusion, permettront la généralisation de son utilisation. Il faut préparer l’avenir.

 

Un dernier mot


L’Etat s’est chargé de la langue amazighe parce que cette langue existe et qu’il y a une demande sociale forte qui lui est favorable. L’Etat a pris la décision de la reconnaître et d’en faire une langue officielle. Le peuple a voté la constitution. Le reste est de l’apanage des spécialistes pour mettre en application cette décision constitutionnelle. La loi organique attendue prendra en considération les acquis dans ce domaine pour mieux ancrer la constitution qui s’inscrit elle-même dans la dynamique des dix dernières années. Dire qu’on doit demander à tous les citoyens comment gérer l’amazighe, comment gérer l’arabe, comment enseigner le français, comment établir les impôts, comment nommer un ministre, etc. ? C’est de l’imposture. L’amazighité est actuellement récurrente dans tous les discours. C’est symptomatique d’une dynamique inédite. Certains considèrent cette présence massive de l’amazighe comme un cache misère dans le discours politique, mais ils oublient que la misère d’avant dépassait de loin la misère actuelle. Et pourtant l’amazighe n’avait pas le droit de se manifester. On en parle tout simplement parce que l’amazighité est devenue incontournable grâce à l’action d’un mouvement social assez fort et grâce à son encrage dans la société.

 





 

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